Annette Verschuren sur l’innovation économique

VerschurenAnnette Verschuren, PDG de la compagnie de stockage d’énergie NRStor

 

Interviewée le 7 octobre 2014 par Brenna Atnikov.

Atnikov : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit?

Verschuren : La discussion de l’économie, d’une part contre l’environnement, d’autre part. Nous n’allons jamais innover si nous restons polarisés sur ces deux questions. Pourquoi ne pouvons-nous pas ajouter de la valeur à nos industries et en même temps assumer une plus grande part de responsabilité dans la gestion de nos ressources naturelles? Il est sain d’avoir différentes opinions, mais non pas si l’on réduit les enjeux au choix entre noir ou blanc. Quand on est trop à droite ou trop à gauche vis-à-vis d’un problème, il est très rare qu’on réussisse à le régler. La zone grise, c’est quand on trouve des solutions. En ce moment, nous nous attardons sur les détails et ne nous penchons pas sur les grandes questions. Il faut que nous trouvions plus de choses sur lesquelles nous pouvons tous nous mettre d’accord.

Nous ne nous préoccupons pas suffisamment de l’économie dans notre pays. Les emplois ne sont pas là, les fonds de pension ne sont pas là, les gens ne vivront pas heureux jusqu’à la fin des temps. Il se peut que nous n’ayons pas frappé le mur assez fort. Je me demande avec inquiétude d’où viendront les nouveaux emplois et si les autres pays vont nous les voler. La technologie propre utilisée par la Corée, la Chine, le Japon et certaines régions européennes est tellement avancée en comparaison avec ce que nous faisons ici. Nous devons absolument nous rattraper.

Atnikov : Si les choses tournent bien au cours des vingt prochaines années, qu’est-ce qui devra se produire?

Verschuren : La nouvelle économie viendra du fait que l’on trouvera des moyens plus efficaces de produire des aliments et de l’énergie, d’utiliser l’eau, d’extraire et de raffiner le pétrole et le gaz naturel, d’extraire des minéraux. Pourquoi ne pouvons-nous pas être le pays qui entreprend le défi de réduire l’empreinte carbone? Pourquoi ne pouvons-nous pas être le pays qui exploite les combustibles fossiles et les minéraux et autres produits semblables de la façon la plus responsable au monde? Nous excellons dans tant de choses! Nous comptons parmi les chefs de file mondiaux en recherche sur le cerveau et en diagnostic du cancer. Il y a aussi des choses formidables qui se passent ici en technologie de l’information et des communications, en gestion des données, en analyse de mégadonnées. Armés de notre main-d’œuvre hautement compétente et d’une multitude d’installations de recherche partout au pays, nous avons un énorme potentiel pour résoudre toutes sortes de problèmes.

J’aimerais qu’on dise un jour que le Canada a été un peu hésitant pendant quelques années à choisir la voie il allait s’engager, mais regardez aujourd’hui tout ce qu’il a réussi à faire. Il a réduit son empreinte énergétique. Il possède les meilleures villes avec les meilleurs réseaux de transport en commun. Pour que cela se réalise, nous devons adopter une perspective à plus long terme; nous ne pouvons pas nous contenter d’attendre au prochain trimestre pour voir les résultats qui vont sortir.

Atnikov : Quelles sont les décisions importantes que devra bientôt prendre le Canada?

Verschuren : En tant que Canadiens, nous sommes appelés à repenser à ce que nous voulons devenir et à ce que les autres verront en nous. Nous ne plaçons pas les bons investissements aux bons endroits, parce que nous ne savons pas où nous allons. Il nous faut être plus optimistes et réussir à pousser notre société vers la création de notre propre valeur. Les gens veulent se rallier derrière un avenir, mais à l’heure actuelle, personne ne leur décrit ce que sera cet avenir. Le leadership peut vraiment entraîner des changements, et les gens suivront ce qu’ils croient être une vision sensée pour le pays. Si la vision est claire, nous trouverons le moyen d’y arriver. Nous avons besoin de leaders inspirants venant des syndicats, des Premières Nations, des affaires, du gouvernement pour nous mener jusqu’à ce point.

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.