Janet Rossant sur la création d’un Centre de créativité

Rossant (1)Janet Rossant, responsable de la recherche à l’Hospital for Sick Children (l’Hôpital pour enfants malades)

 

Interviewée le 12 novembre 2014 par Brenna Atnikov.

Atnikov : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit?

Rossant : Avec notre population vieillissante, nous devons réétudier nos méthodes de fournir les soins de santé. Entre autres, nous devons élaborer un modèle plus intégré, qui ramène les soins de santé à la communauté et dans les foyers. Le traitement de maladies chroniques à la maison peut offrir une bien meilleure qualité de vie que dans un hôpital, et cela coûte moins cher. Toutefois, pour en arriver là, il faut de solides systèmes de soins qui apportent l’appui nécessaire aux patients et à leurs familles.

Le coût des soins de santé continue d’augmenter. Aujourd’hui, il a presque atteint cinquante pour cent des budgets provinciaux. À titre de chercheurs, mes collègues et moi devons examiner de très près tout ce que nous faisons, parce que le système de soins de santé ne dispose que de sommes limitées à investir. Nous devons considérer l’aspect de la rentabilisation et déterminer si notre recherche porte sur un sujet que les gouvernements vont financer. Ils vont demander : « Est-ce que ce traitement va vraiment nous faire économiser de l’argent? Comparativement à tout ce qui a été fait auparavant, est-il à ce point meilleur pour en justifier l’investissement? »

Atnikov : Si les choses tournent bien au Canada au cours des vingt prochaines années, que se sera-t-il passé?

Rossant : Nous commencerons à voir des changements technologiques dans la prestation des soins et cela ne coûtera pas nécessairement plus cher que ce que nous dépensons aujourd’hui, y compris pour les nouveaux médicaments et les traitements curatifs ponctuels. Un domaine entièrement nouveau, par exemple, sera l’administration de médicaments spécialisés aux patients, identifiant les gènes défectueux d’un cancer et utilisant un remède particulier pour le traiter. On économise parce qu’on ne traite que les gens appropriés au moment approprié et avec le médicament approprié. Des traitements par cellules souches, particuliers à chaque patient, seront disponibles pour guérir des maladies comme le diabète, la maladie de Parkinson et la perte de vision. Quand nous étendrons cette approche personnalisée à toutes sortes d’autres maladies, cela réduira nos coûts d’ensemble, améliorera les traitements et mènera à une société en meilleure santé.

Le Canada sera vu comme un centre de créativité et non comme le vieux Canada qui produit du charbon et qui fabrique des voitures. Nous aurons adopté le concept des centres urbains comme moteurs pour obtenir le succès du Canada, et nous aurons investi dans notre infrastructure. Le Canada sera devenu l’endroit de choix pour les gens les plus créatifs et les plus innovateurs au monde.

Atnikov : Si les choses tournent mal au Canada au cours des vingt prochaines années, qu’est-ce qu’on pourrait en dire?

Rossant : Nous aurons rendu difficile la venue de gens créatifs. Il nous faudrait être plus ouverts aux personnes qui viennent au Canada et qui en repartent. Nous n’aurons pas investi dans la recherche fondamentale, l’innovation et la force créatrice. Si nous ne nous concentrons pas sur l’avenir et si nous ne bâtissons pas à même nos forces, nous allons devenir une nation très moyenne. Nous n’allons pas avoir l’impact que nous pourrions avoir dans le monde, que ce soit dans les arts, les sciences, les affaires, les finances ou la politique.

Atnikov : Qu’est-ce qui vous anime au sujet du Canada?

Rossant : Nous sommes un pays multiculturel qui accepte et accueille des gens de tous les coins du globe. Les gens viennent ici pour bien des raisons différentes et ce mélange de compétences et de points de vue nous offre des occasions exceptionnelles. Nous avons des centres urbains dynamiques qui continuent de croître. Quand on incite les gens à vivre rapprochés les uns des autres et quand on fournit la bonne infrastructure, on peut entraîner des interactions qui mènent à de nouvelles idées et à des inventions. Cependant, dans presque tous les cas, même les centres urbains dynamiques ont leur classe de sous-privilégiés. Nous devons offrir des chances aux gens pour qu’ils puissent naviguer dans le système ou le filet social qui les appuie quand ils ne peuvent pas le faire. Si nous n’améliorons pas nos centres urbains, nous risquons fort d’être perdants par rapport au reste du monde.

La recherche scientifique sera à l’avenir un moteur important de l’économie. Elle donne les meilleurs résultats lorsqu’elle a lieu dans un contexte et une culture favorables à la collaboration et à la coopération, ce que nous offrons ici au Canada. Lorsque les gens arrivent ici, ils sont toujours étonnés par notre culture de collaboration et de « coopérativité ». Certaines personnes disent que pour atteindre le sommet de notre potentiel, nous devons être compétitifs. Mais en collaborant, nous pouvons apporter de nouvelles idées à la table et aussi partager nos ressources limitées de façon pragmatique, afin d’avoir un impact qui va au-delà des sommes que nous avons investies.

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.