Michael Chong sur la réforme parlementaire

Copyright must be credited: Couvrette/Ottawa (613) 238-5104 www.couvrette-photography.on.caMichael Chong, député fédéral de Wellington-Halton Hills

 

Interviewé le 26 septembre 2014 par Adam Kahane.

Kahane : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit?

Chong : Un de nos défis, c’est le besoin de renouveler nos institutions démocratiques. La démocratie est l’une des plus grandes inventions de la société occidentale. Les freins et contrepoids au pouvoir qui existent avec un système parlementaire ou républicain ou tout autre système de gouvernement sont au cœur même de la démocratie occidentale. Au Canada, les mécanismes de contrôle du pouvoir au Parlement et dans notre système électoral se sont affaiblis depuis quelques décennies. Pour continuer à relever les défis du vingt-et-unième siècle, par exemple l’avènement des économies en développement, la diversité au sein de notre pays et le terrorisme, nous devons renforcer ces mécanismes fondamentaux.

Le Canada est maintenant un cas isolé parmi les démocraties parlementaires de Westminster à cause de plusieurs changements dans notre façon de faire les choses. Tout d’abord, les caucus ne peuvent plus participer directement aux décisions d’élire ou de changer le chef de leur parti. Ensuite, les chefs de partis possèdent maintenant le pouvoir sans précédent de décider qui seront les candidats de leur parti. Et troisièmement, les caucus ne sont plus des entités décisionnelles et leurs décisions n’obligent en rien les leaders des caucus. Comme résultat, les chefs de partis, en particulier le chef du parti au pouvoir, le Premier Ministre, ont un pouvoir quasiment absolu. Ceci pose un défi considérable à la résistance de notre démocratie.

À court terme, les modèles de gouvernance par commandement et contrôle peuvent entraîner d’énormes bénéfices, mais à long terme, ils ne donnent rien. Sans la reddition de comptes, un mauvais chef arrive un jour et défait tous les bénéfices gagnés, et même plus. Les démocraties sont frustrantes dans le court terme, parce que l’absence de pouvoir concentré veut dire moins d’efficacité dans les prises de décisions, mais à plus long terme, les démocraties finissent par bien faire. Si l’on regarde les cent quatre-vingts dernières années, toutes les analyses démontrent que les gens dans une société instruite, civilisée et éclairée prendront les bonnes décisions.

Kahane : Que ce passera-t-il si les choses tournent mal au cours des vingt prochaines années?

Chong : Les résultats des sondages montrent que les Canadiens font de moins en moins confiance à leurs institutions démocratiques. Le nombre d’électeurs qui vont aux urnes a baissé précipitamment depuis vingt ans. Lors des dernières élections fédérales, quatre Canadiens sur dix ont choisi de ne pas voter. C’est un des taux les plus faibles parmi les démocraties occidentales. Si dans les vingt prochaines années, nous ne réussissons pas à renouveler nos institutions démocratiques, à vraiment engager les Canadiens et à rendre ces institutions plus pertinentes pour eux, il n’est pas inconcevable que la présence des électeurs aux urnes puisse baisser jusqu’à cinquante ou même quarante pour cent. Si jamais cela se produisait, ces institutions n’auraient plus la légitimité d’agir de façon décisive. Nous aurions un système doté d’un pouvoir exécutif encore plus grand et un corps législatif qui ne compterait plus beaucoup pour nous dans la vie publique.

Si la réforme parlementaire échoue, cela augmentera le risque pour nous de ne plus pouvoir régler toute une gamme de problèmes. Par exemple, au fur et à mesure que notre économie devient plus urbaine et davantage fondée sur les services, nous faisons face à d’importants défis dans les régions de nos grandes villes, dont Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary, Edmonton et Halifax. Voyons ce qui s’est passé à Pittsburgh et à Détroit. Les deux villes étaient de puissants centres manufacturiers et industriels à la fin du dix-neuvième siècle et pendant la première moitié du vingtième. Les deux villes sont devenues des villes du « Rust Belt » (ou de la ceinture de ferraille) associées au déclin du secteur manufacturier et de certains secteurs industriels en Amérique du Nord. Aujourd’hui, Pittsburgh est un symbole de succès, mais Détroit ne l’est pas. Pittsburgh avait une bonne gouvernance démocratique qui a pu réagir au déclin de l’industrie sidérurgique et réinventer la ville. Le problème avec Détroit n’est pas que l’industrie automobile ait été sur le déclin, mais plutôt que ses dirigeants et ses institutions démocratiques n’aient pas su réagir au défi posé par ce déclin.

D’après la recherche scientifique, il est clair que la planète est arrivée à la limite de sa durabilité. Nous devons nous assurer que la terre dont nous avons hérité soit transmise aux générations futures dans un état aussi bon, sinon meilleur, que celui dans lequel nous l’avons reçue. Le chemin vers la durabilité environnementale passe par le Parlement. Une assemblée législative affaiblie rend moins facile l’atteinte d’un consensus sur les politiques significatives.

Kahane : Notre histoire rapporte-t-elle un exemple par lequel la démocratie canadienne a pu surmonter un défi semblable?

Chong : Il y en a eu plusieurs! Les rébellions de 1837 dans le Haut-Canada et le Bas-Canada ont eu lieu comme résultat direct de la concentration du pouvoir au sein de l’exécutif du gouvernement. Les gens de ce que sont maintenant l’Ontario et le Québec se sont révoltés parce qu’on n’écoutait pas les élus des corps législatifs. Ces rébellions ont donné lieu aux grandes réformes des années 1840, et au principe fondamental selon lequel l’exécutif n’est pas tenu de rendre des comptes au gouverneur en conseil, mais plutôt au corps législatif. Nous avons également connu l’expansion du droit de vote à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, quand les femmes et tous les hommes d’âge adulte se sont vus accorder ce droit électoral. Puis au cours des années 1870, on a adopté le droit au scrutin secret pour les élections fédérales. Nous avons réussi à apporter des réformes auparavant, et je n’ai aucun doute que nous verrons à ce que le Parlement joue de nouveau un rôle prépondérant dans le débat public canadien.

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.