Michael Green sur le récit de notre histoire

Michael-GreenMichael Green, directeur de la création du projet « Making Treaty 7 »

 

Interviewé le 30 juillet 2014 par Brenna Atnikov.

Making Treaty 7 est un événement culturel qui invite les gens de Calgary à imaginer un avenir commun, par le biais du prisme du Traité 7 signé à Blackfoot Crossing, en 1877.

Atnikov : Les projets tels que Making Treaty 7 indiquent-ils que nous sommes arrivés à un nouveau moment de réconciliation au Canada?

Green : Un de mes amis, Adrian Stimson, qui est un artiste visuel de la nation Siksika, refuse d’utiliser le terme « réconciliation ». Il dit qu’il n’y a jamais eu de conciliation.

Les colons sont venus ici avec une idée décidément victorienne de ce qu’était le succès, de ce qu’était la richesse et du rôle que chacun jouait à l’intérieur de cette « machine ». Les Européens ont vu des gens qui vivaient de la terre et ils étaient tout à fait incapables de valoriser le mode de vie de ces gens. Ils ont enfermé les enfants des Premières Nations dans des pensionnats et ils ont plus ou moins annihilé leur culture à force de coups.

Mais nous commençons à comprendre qu’il se peut que le style de vie que nous avons travaillé si fort à créer — nos industries et notre agriculture — ne soit pas durable. Nous sommes en train d’apprendre qu’après tout, nous avons besoin d’un peu de cette sagesse que les Premières Nations croyaient pouvoir nous enseigner quand nous nous sommes pointés chez eux, malades et mourants les uns après les autres tous les hivers.

Nous allons voir bientôt venir le temps où les Premières Nations surmonteront ces générations d’oppression et assumeront leur place comme dirigeants de notre pays. Le fait que nous produisions Making Treaty 7 démontre que nous sommes maintenant prêts à tenir cette conversation au Canada. Je ne sais pas si nous l’étions auparavant.

Atnikov : Qu’est-ce que vous espérez réaliser avec Making Treaty 7?

Green : Making Treaty 7 est une expérience théâtrale, mais les intentions sont très sérieuses. La plupart des gens n’ont absolument aucune idée de ce qu’est le Traité 7, et même si certains le savent, ils ne le voient que d’une seule perspective. Nous avons travaillé avec plusieurs cultures différentes — les Blackfoots et les Stoneys et les Tsuu T’inas — pour monter le spectacle. Tenter d’unifier une vision commune représente toute une aventure. Par contre quand ça marche, il en ressort tout d’un coup quelque chose de vraiment intéressant.

J’adore cette image qui, je crois comprendre, est traditionnelle dans la vision du monde qu’ont les Premières Nations : « Nous formons tous un cercle. » Dans le centre de ce cercle se trouve un arbre, et chacun a un point de vue différent de cet arbre. L’un dira : « Voilà des fruits qui mûrissent. » Un autre dira : « Cet arbre est malade. » Un troisième dira : « C’est là qu’il a été frappé par la foudre. » Et ce sont toutes ces choses à la fois! Si je ne reconnais pas les signes de la maladie en question, j’ai besoin de la personne qui puisse me l’indiquer. Je ne peux pas fonctionner sans cette intelligence ou alors, je ne serai qu’à demi renseigné.

Si nous commençons tous à apprécier cette façon de voir la vie ensemble, nous pourrons alors nous efforcer de créer un monde meilleur. C’est ce à quoi nous aspirons avec Making Treaty 7. C’est vraiment l’histoire de tout le monde.

Atnikov : Si Making Treaty 7 contribue aux changements que vous espérez voir survenir, à quoi pourrait ressembler le Canada au cours des vingt prochaines années?

Green : Il nous faut avancer au-delà de la simple tolérance et embrasser un paradigme plus éclairé, plus large, de ce que représente l’humanité dans son ensemble. Je pense que c’est là la promesse du Canada.

Je ne peux pas m’empêcher de sentir que nous étions plus ouverts et plus réceptifs pendant l’ère de Trudeau. Il a fait sortir l’église et les tribunaux de nos chambres à coucher afin que nous puissions être qui nous sommes sans crainte de représailles; le rôle des femmes dans la société a fait un énorme pas en avant à peu près à cette époque, puis nous avons commencé à apprendre ce que c’est que d’être multiculturel.

Il ne faut surtout pas croire que nous sommes une utopie de tolérance depuis longtemps dans notre histoire, pourtant nous étions sur la bonne voie pendant un certain temps. Le défi sera de tenter de retrouver cette vision que signifiait le Canada de Trudeau.

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.