Michelle Rempel sur le pluralisme et l’innovation

Michelle-RempelMichelle Rempel, ministre de la Diversification économique de l’Ouest

 

Interviewée le 26 septembre par Brenna Atnikov.

Atnikov : Sur quoi portez-vous votre attention en ce moment au Canada?

Rempel : Ce qui me frappe le plus est la fierté que nous ressentons à l’égard du pluralisme canadien. Comme pays, nous avons un ensemble de valeurs, dont l’égalité des chances, les libertés individuelles accompagnées d’un sens de responsabilité, et la possibilité de conserver nos identités culturelles et religieuses. Ayant à faire face à des questions telles que la sécurité énergétique et l’extrémisme religieux, notre capacité d’avoir une identité nationale, tout en étant une nation composée de cultures diverses, deviendra de plus en plus importante. Au fur et à mesure que notre pays se développe et mûrit, nous devons nous assurer que tout le monde continue d’avoir accès à des chances égales, qu’il s’agisse des personnes qui vont venir au Canada ou de celles qui vivent déjà ici.

Il y a plusieurs mois, lorsque se sont enflammées les hostilités entre Israël et la Palestine, des manifestations ont eu lieu à Calgary. Une agression physique s’est produite à l’une de ces manifestations entre les groupes représentant les deux côtés. J’ai pensé : « Le Canada n’est pas ça! » Il y a certaines choses que nous ne faisons tout simplement pas comme pays. Nous pouvons être en désaccord total sur les politiques ou d’autres sujets, mais à la fin de tout, cet échange d’idées et de convictions est ce qui nous fait grandir comme nation. Il faut que nous puissions parler entre nous de problèmes difficiles sans en venir aux mains. Par exemple, nous prisons la liberté de religion, mais nous prisons aussi l’égalité hommes-femmes pour ce qui est de l’orientation sexuelle. Comment assurer la quadrature de ces cercles? Ce que j’espère, c’est que nous reconnaissions qu’il existe certaines valeurs qui l’emportent sur la discrimination, et que nous n’hésitions pas à nommer la discrimination pour ce qu’elle est, plutôt que de chercher à la voiler. Nous avons bâti ici quelque chose d’unique et de particulier. Si nous ne protégeons pas cet atout et ne le célébrons pas, et si nous ne disons rien quand il est menacé, alors je m’inquiète pour nous.

Atnikov : Si les choses tournent bien au cours des vingt prochaines années, que pourrait-on en dire?

Rempel : Le Canada serait reconnu comme chef de file à l’échelle mondiale sur le plan de l’innovation et de la politique exercée sur cette dernière. Les gens de toutes les convictions politiques reconnaissent que nous devons utiliser notre immense richesse en ressources afin de prévoir l’avenir et développer des industries secondaires. Je ne veux pas dire uniquement de fabriquer des objets, mais aussi d’innover en matière de politiques publiques. Nous aurions besoin de devenir une nation d’innovateurs. Avec un peu de pression et de coordination, nous pourrions être reconnus pour notre innovation et cela pourrait devenir notre marque internationale.

En voyant l’écosystème de l’innovation au Canada comme une constellation, on a les innovateurs, les personnes qui pensent et qui conçoivent les innovations. Ces innovations doivent aboutir quelque part. Si c’est un objet, est-il destiné à l’industrie? Si c’est un nouveau modèle économique, aura-t-il une incidence sur la façon dont le budget fédéral sera élaboré? Et puis on a tous les autres acteurs dans la communauté de l’innovation : les bâilleurs de fonds gouvernementaux, les organismes sans but lucratif, les chambres de commerce, les groupes de réflexion, mais le système est plutôt disparate à l’heure actuelle. Pour mettre de l’ordre dans cet univers aux grands enjeux entourant les politiques, nous sommes en train de déterminer où chacun des éléments se place sur le convoyeur et de nous assurer que ces éléments soient bien financés, bien connectés et qu’ils sont axés tous vers un but commun.

Atnikov : À votre avis, qu’est-ce qui va particulièrement bien au Canada?

Rempel : Nous avons un bon système politique. Il est relativement équitable en ce qui concerne les occasions d’en faire partie. Si une jeune femme venant d’une famille de classe moyenne du quartier sud de Winnipeg peut devenir ministre, alors n’importe qui peut le faire. Nous sommes dotés d’une abondante classe créative dans ce pays. Il y a des innovateurs dans tous les secteurs de notre société. Et plus important encore, nous possédons les moyens d’intégrer leurs meilleures idées dans notre processus décisionnel concernant les politiques publiques

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.