Suzanne Fortier sur une nation éclairée et bienveillante

FortierSuzanne Fortier, rectrice de l’Université McGill

 

Interviewée le 13 novembre 2014 par Brenna Atnikov.

Atnikov : Qu’est-ce qui vous anime au sujet du Canada?

Fortier : Le privilège de vivre et de travailler avec la nouvelle génération de notre pays. Les étudiants se préoccupent de ce qui se passe ici à Montréal et au Canada, mais aussi de ce à quoi nous faisons face au niveau de la planète. Ils réinventent des choses comme l’engagement et la communauté. Ils veulent être des leaders. Il nous incombe en tant que société de les encourager et de leur donner la chance de développer les compétences qu’il leur faut. En ce moment, il est trop facile de s’isoler, de simplement observer ce qui se passe autour de soi par l’entremise d’Internet et de jouer le rôle de critique. Nous avons besoin que nos jeunes soient des gens d’action, des bâtisseurs. Dans le monde du hockey, les gens disent : « En fin de compte, on a besoin d’avoir son temps sur la glace » c’est-à-dire, on a besoin de se trouver dans l’arène, d’avoir un rôle dans la partie et de prendre part à l’action. Nos jeunes Canadiens ont eux aussi besoin d’avoir leur « temps sur la glace ».

Atnikov : Quels sont les types de qualités de leadership dont le Canada aura besoin afin de réussir?

Fortier : Le Gouverneur général nous a lancé un appel pour créer « un pays de cœur et d’avenir », une nation éclairée et bienveillante. C’est une bonne juxtaposition : il nous faut des gens remplis d’aspirations et d’ambitions qui désirent consacrer leurs talents et leurs efforts à leur propre amélioration et à celle de la collectivité. Pour franchir les étapes nécessaires sur le plan des connaissances et de la créativité, nos leaders devront être réceptifs à de nouvelles idées et pouvoir entendre divers points de vue provenant de personnes ayant des origines, des expériences et des cultures différentes.

Atnikov : Si vous pouviez demander tout ce que vous vouliez à une voyante ou à un voyant au sujet de l’avenir du Canada, qu’aimeriez-vous savoir?

Fortier : Quel rôle le Canada jouera-t-il sur le plan mondial vis-à-vis des énormes défis auxquels la planète doit faire face? Le Canada est bien placé pour faire sa part, parce qu’il est privilégié au niveau des ressources qu’il possède. Étant donné que le Canada est composé de personnes qui viennent de tous les coins du monde, les gens ici se préoccupent non seulement de questions qui touchent leur voisinage immédiat, mais aussi de questions plus internationales. Ils comprennent qu’il est impossible de régler les problèmes en travaillant isolément, qu’on soit dans le monde des affaires ou qu’on soit expert en agriculture. Nous ne pourrons y arriver que si nous réunissons des personnes dotées d’une gamme de compétences différentes. Cela étant le cas, je me demande si nous saurons saisir cette occasion et devenir un endroit crucial pour améliorer le bien-être de la planète.

Atnikov : Si les choses tournaient mal au cours des vingt prochaines années, à quoi ressemblerait le Canada? À quoi ressemblerait le Canada dans vingt ans si les enjeux d’aujourd’hui tournaient mal?

Fortier : Nous serions un pays plus divisé, moins tolérant et moins sécuritaire. Il y aurait une disparité accrue dans la condition de vie des gens et cela occasionnerait de l’agitation sociale. Nous gaspillerions nos précieuses ressources.

Atnikov : Et si les choses tournaient bien au cours des vingt prochaines années, qu’est-ce qu’on pourrait en dire? De quelle façon parlerions-nous du Canada dans vingt ans si les enjeux actuels tournaient bien?

Fortier : Nous serions un pays où chaque individu jouirait d’une bonne qualité de vie, situation que nous n’avons pas encore atteinte. Nous tenons pour acquis le fait que même si nous venons d’une couche sociale modeste ou d’un milieu difficile, nous pouvons toujours réussir dans la vie, mais en fait, nous devons continuer d’offrir des chances d’égalité à tout le monde.

Nous devons aussi continuer de donner suffisamment d’espace pour permettre à plusieurs collectivités canadiennes de coexister. C’est là quelque chose que nous avons plutôt bien réussi à faire, nous avons pu accommoder toute une gamme d’interprétations et de perspectives. Des personnes de cultures différentes viennent s’établir ici et confèrent au pays son caractère distinctif. Nous commençons à voir que ceci forme une partie intégrante de notre richesse en tant que pays et que certaines des occasions d’affaires qui se présentent nous viennent du fait que nous ne sommes pas définis par un seul rôle. À mon avis, une portion de notre succès reposera toujours sur le fait que nous savons nous définir d’une manière qui accommode des points de vue différents.

Atnikov : Quel serait un exemple d’une des plus grandes réussites du Canada?

Fortier : Depuis quelques années, la plupart des pays du monde subissent le choc provoqué par la récente crise économique brutale. Nous possédons une dose équilibrée d’intelligence et de prudence, et donc nous avons construit une base vraiment solide ici. Même si cette période n’a pas été exactement facile à traverser, elle n’a pas été aussi difficile que dans bien d’autres endroits sur la planète. Il y a un sens de solidité entourant le Canada. Nous avons bien fait les choses en ce qui concerne les éléments fondamentaux d’une société. Bien sûr, il faut toujours s’appliquer à faire mieux, mais nos fondations sont fortes.

Reos Partners

Thought leader interviews were conducted by Reos Partners, led by project editor Adam Kahane. Kahane is a best selling author and facilitator who has led dialogues in more than 50 countries including post-Apartheid South Africa. Les entrevues auprès de leaders d’opinion ont été réalisées par Reos Partners, sous la direction d’Adam Kahane, rédacteur de projet. Kahane est un auteur et facilitateur à succès qui a mené des dialogues dans plus de 50 pays, notamment en Afrique du Sud après l’apartheid.